L’Académie de l’architecture distingue Adeline Rispal, architecte scénographe

Adeline Rispal par Pierre Gaudin/CREAPHIS - 2014
Adeline Rispal par Pierre Gaudin/CREAPHIS – 2014

Bonne nouvelle pour la scénographie !

L’Académie de l’architecture a décerné à Adeline Rispal, architecte dplg, scénographe, la médaille de la Fondation d’Académie d’architecture 1977 lors de la cérémonie des Prix et récompenses 2014 au Pavillon de l’Arsenal à Paris le 16 juin 2014.

Nous publions ici le texte de son intervention et la vidéo de la remise du prix par Christiane Schmuckle-Mollard, vice-présidente de l’Académie de l’architecture.

« Tout d’abord, je remercie très vivement l’Académie d’architecture, son président, sa vice-présidente et ses membres, de m’accueillir dans cette magnifique assemblée. Cette distinction m’honore et me procure un immense plaisir. On ne parle pas beaucoup de scénographie en France, alors c’est l’occasion de le faire.

Nous sommes des animaux sociaux qui ne peuvent se développer qu’en relation avec leur environnement physique et social. Donc cette médaille ne m’appartient pas.  Je la partage avec les territoires qui m’ont façonnée, avec ma famille et mes amis qui m’ont soutenue contre vents et marées, avec mes associés Jean-Jacques Raynaud, Louis Tournoux et Jean-Michel Laterrade et, aujourd’hui, Sonia Glasberg et Alain Dupuy, avec les très nombreux partenaires de ces aventures professionnelles, qu’ils soient en maîtrise d’œuvre ou en maîtrise d’ouvrage. J’ai une pensée particulière pour ceux d’entre eux qui nous ont quittés, notamment il y a quatre ans, et qui nous regardent de là-haut, j’espère qu’ils se sentent honorés eux aussi.

Je souhaite aussi rendre hommage à Carlo Scarpa dont la découverte de l’œuvre en 1981 a fondé mon engagement dans l’architecture. Je le distingue pour la qualité architecturale et scénographique de ses œuvres et tout particulièrement, au-delà de son éblouissante maîtrise de la matière, pour l’attention particulière portée aux visiteurs, non seulement par l’extrême soin avec lequel chaque détail l’accueille mais aussi par la magie des relations entre les collections exposées qui invitent à entrer dans l’aimable conversation qu’elles entretiennent entre elles et avec l’architecture.

Je dois également remercier Jean Nouvel qui, il y a exactement 30 ans, et après deux années passées sur la conception de l’Institut du monde arabe, m’a proposé de prendre en charge la scénographie du musée qu’il abrite. J’y ai appris l’exigence conceptuelle, l’ouverture transdisciplinaire élargie à toutes disciplines peu interrogées à l’époque dans le champs de l’architecture, et enfin la ténacité face aux tempêtes que traverse tout projet.

Chacun à sa manière, ils m’ont appris à effacer les limites traditionnelles entre les approches urbaine, architecturale et scénographique.

En effet, le musée est une expérience globale et notre perception d’une exposition est profondément marquée par l’environnement dans lequel nous évoluons. Nous sommes avant tout des êtes sensibles, recherchant instinctivement des espaces dans lesquels nous pouvons nous épanouir. L’épanouissement sera d’autant plus grand que cet espace donnera du sens à nos actes. C’est l’un des rôles primordiaux de l’architecture que de protéger et favoriser les activités humaines. La scénographie est au croisement de ces deux niveaux de quête du sensible et du signifiant dans l’espace muséal au bénéfice des visiteurs. Pour cela, elle interpelle le génie du lieu et tente d’en extraire les strates profondes qui entreront en résonance avec les visiteurs. Car c’est bien sur notre inconscient collectif et individuel qu’agit la scénographie, tout comme la littérature ou le cinéma.

« Nos émotions nous parlent de nous dans un langage intime qui n’est accessible qu’à nous-mêmes…Elles sont une des manifestations de ce qui unit notre corps à notre esprit… Elles sont ce qui nous meut, nous met en chemin. » dit Jean-Claude Ameisen.

L’expérience individuelle de l’exposition est unique, totalement subjective, car elle fait appel en premier lieu à nos émotions. Nous nous mouvons dans un territoire, une architecture, une scénographie qui nous touchent, nous rassurent, nous dérangent selon le cas, et qui nous font vivre, à notre insu, une expérience sensorielle et intellectuelle se construisant sur les bases de nos expériences antérieures. Le métalangage de l’architecture et de la scénographie, dont les impacts réels sont peu étudiés à ce jour, déclenche en nous des émotions qui inscrivent l’expérience de notre perception dans notre mémoire autobiographique, d’autant mieux que le premier siège de cette mémoire dans notre cerveau – l’hippocampe – est également celui de l’appréhension de l’espace.

C’est nous-mêmes que nous cherchons en premier lieu dans une exposition. Tout comme dans les autres situations de rencontres (sociales, littéraires, cinématographiques…), nous recherchons ce qui va nous aider à construire notre être profond. Ce n’est que dans cette itération que nous pouvons aller vers l’Autre, vers les savoirs, vers la Culture. »

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