Communiquer la scénographie à l’heure du numérique ?

Texte : Adeline Rispal

Dans certaines régions du monde, le livre ou le portfolio ne sont plus acceptés par les maîtres d’ouvrage publics. Seule à être acceptée, la communication digitale – et de préférence la vidéo – pour montrer les projets : films en 3D ou clip sont incontournables.

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Commissaires d’exposition : qui sont-ils ?

Texte : Isabelle Roussel-Gillet

Exposition Tony Oursler, Phantasmagoria, Grand Hornu, 2014, photo IRG.
Exposition Tony Oursler, Phantasmagoria, Grand Hornu, 2014, photo IRG.

De nombreux indices pointent l’intérêt actuel pour les figures et fonctions de commissaires, que ce soit le dossier spécial paru dans Le Journal des arts (numéro 403, du 13 décembre 2013) ou « Nouvelles vagues » sur l’initiative du Palais de Tokyo en 2013 http://palaisdetokyo.com/fr/exposition/nouvelles-vagues « manifestation composée par 21 curateurs ou groupes de curateurs internationaux (13 nationalités), sélectionnés par un jury parmi plus de 500 candidatures » et sur une carte parisienne de plus de trente galeries d’art partenaires. La communication du Palais de Tokyo fait du commissaire d’art contemporain une figure libre : « Ce personnage, souvent indépendant, qui invente des expositions à travers le monde, n’est ni galeriste ni conservateur, il échappe aux règles académiques, comme à celles du marché de l’art ou aux codes de l’institution. C’est un franc-tireur, un amateur du hors-piste, un nomade à la recherche de dépaysement poétique, politique et esthétique ». Sensible à l’inédit, « il est d’abord en compagnonnage avec les artistes, heureux d’inventer et d’expérimenter auprès d’eux ». Cette figure amicale du compagnon fut bien celle évoquée par Denis Gielen (commissaire au MAC’S du Grand Hornu) qui expliqua les jalons des huit années de préparation de l’exposition sur Tony Oursler, lors de la journée du 7 février 2014, organisée à l’ex-maison du projet du Louvre-Lens, par l’Association des muséographes présidée par Agnès Levillain (www.les-museographes.org) et le Master MEM expo-muséographie de l’Université d’Artois sous la direction de Serge Chaumier. Continuer la lecture

Vers la fin de l’exposition temporaire ?

Texte : Serge Chaumier

104 Exposition Par nature, I am free, de Moataz Nasr / Photo Serge Chaumier

À l’occasion d’une conférence donnée au Louvre-Lens dans le cycle d’exploration des métiers, le vendredi 24 janvier 2014, nous nous penchions sur le sens de l’exposition et ce faisant sur les perspectives à venir. Prenant pour point de départ de notre réflexion un récent article sur la question.

Notre collègue muséologue Daniel Jacobi, dans un récent article (1) , s’adonne à un exercice périlleux de prospective, il pronostique la fin des expositions temporaires. Celles-ci auraient été un temps de l’histoire des institutions, de ces 30 dernières années, mais ce cycle arriverait par épuisement à son terme. Si Francis Haskel a su montrer l’essor de l’exposition temporaire, devenue depuis les années 80 le coeur des institutions (2), la période à venir refermerait cette parenthèse. Drôle d’hypothèse qui mérite qu’on s’y arrête.

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L’apport de la scénographie dans le processus d’acquisition des savoirs ? 2/3

Texte : André Giordan

© Studio Adeline Rispal / Philippe Barres
© Studio Adeline Rispal / Philippe Barres

La scénographie devient incontournable dans la conception d’une exposition, d’un musée ou d’un lieu de savoir. D’abord faut-il encore qu’elle existât vraiment au sein des productions ou a contrario qu’elle restât à sa place. Or le terme ne fait pas consensus sur le plan international. Nombre de vocables différents sont en usage selon les pays, les professions ou les projets.

Vous avez dit « scénographie » ...?

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Le Master Expographie Muséographie (MEM)

Texte : Serge Chaumier

logo-mem développé

Une philosophie…

Le Master Expographie Muséographie de l’Université d’Artois développe une pédagogie originale pour former des professionnels, en formation initiale ou continue, au service des musées et plus largement de tous les lieux présentant des expositions.
Le MEM articule la réflexion à l’action et s’appuie sur une pédagogie par projets, en relation constante avec le milieu professionnel. Inséré dans de nombreux réseaux, il construit, en partenariat, des actions impliquantes.
Sur le plan analytique, la formation transmet bien évidemment la culture et l’histoire du secteur, mais elle a surtout pour objectif de préparer les futurs professionnels à appréhender un monde en mutation, et innover dans le monde de demain. Les aspects prospectifs sont donc privilégiés, de manière à anticiper les mutations économiques, sociales, culturelles et environnementales.

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L’apport de la scénographie dans le processus d’acquisition des savoirs ? (1/3)

Texte : André Giordan

© Musée du Louvre / Philippe Ruault
© Musée du Louvre / Philippe Ruault

La scénographie apparaît pour les institutions muséales comme un domaine encore jeune ; elle demeure souvent absente ou directement à la discrétion des conservateurs ou des curators, « jaloux » de leur objet, de leur tableau ou de leur projet !.. Quand elle est présente, elle peut paraitre par manque de recul comme un non-pensé ou comme un «tape à l’œil » qui pollue le message. Cet état n’est pas sans conséquence ; très souvent le message souhaité ne « passe » pas, ou même génère ennui ou évitement. Heureusement des tentatives originales commencent à structurer le domaine.

En Europe, les projets de musées et d’expositions continuent à proliférer malgré la «supposée » crise ; dans les pays du pétrole et de l’Extrême-Orient, d’immenses programmes voient le jour. De « bonnes » raisons sont mises en avant : identitaire, patrimoniale, touristique, culturelle et éducative. Sur ces deux derniers plans, les réussites en matière d’acquisition de savoirs sont rarement au rendez-vous. Les exemples sont multiples, à commencer par nos plus brillantes institutions nationales. À la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, de récentes expositions telles que L’énergie restent pensées comme un livre à travers une accumulation de panneaux et de données, rapidement fastidieuses. La plupart des interfaces sont indécodables sans l’accompagnement d’un médiateur motivé. Les salles de l’Art de l’Islam du premier musée de France se trouvent être une simple juxtaposition d’objets qui nécessite a minima un master d’art et de culture islamique pour en apprécier la profondeur . Dans un autre style, l’immense décor des Maîtres du désordre, au Quai Branly, « digéra » totalement le propos des conservateurs.
Il n’est pas étonnant que nombre de Français ne poussent pas la porte d’un musée.

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Le Générateur RX, l’art contemporain en réserve visitable

Texte : Laetitia Sellam

Générateur RX, photo Laetitia Sellam
Générateur RX, photo Laetitia Sellam

Esquisser un pas de côté sur invisibl.eu et aborder les liens entre scénographie et galerie d’art, plus particulièrement d’art contemporain. Quels choix guident la mise en espace des œuvres dans ce lieu qui se distingue de ceux de la sphère institutionnelle, musée ou centre d’art? Comment est perçue et intégrée la pratique scénographique par les galeristes eux mêmes ?

Au cours d’une série d’entretiens, nous recueillerons plusieurs visions. Un fil d’Ariane : mettre à jour les projections, voire idées reçues sur la scénographie, décrypter des démarches et saisir des évolutions en cours. Premier rendez-vous avec Eric Dereumaux, co-directeur de la Galerie RX au sein du Générateur RX à Ivry-sur-Seine.

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Biennale internationale de scénographie 7-10 novembre 2013 à Ludwigsburg – Allemagne

Assez rare pour être mentionné, une nouvelle biennale internationale de scénographie, dont le commissaire est le scénographe Uwe R. Brückner (Stuttgart), aura lieu du 7 au 10 novembre à Ludwigsburg près de Stuttgart en Allemagne.

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Peter Kogler: Dirimart 2011. Manuel Gorkiewicz

Soft power et musées en émergence

Texte : Serge Renimel

Resplandor y Soledad de Cai Guo Qiang
Resplandor y Soledad de Cai Guo Qiang. Photo : Carlos Alcocer by-nc-nd – flickr.com

Les nouveaux maîtres du monde auront-ils encore longtemps besoin de nos talents?

Depuis la fin du siècle passé, nous sommes témoins, et parfois acteurs d’une sorte de ‘conquête muséographique’ de l’Orient qui est mue sans ambigüité par notre impérialisme culturel. À une échelle économique certes bien marginale, elle perpétue assez fidèlement le schéma de la colonisation commerciale et culturelle des espaces orientaux au XVIème siècle, celle qui initialisa la mondialisation, et les siècles d’or des puissances européennes.

Aujourd’hui, les expéditions occidentales ne sillonnent plus l’Océan Indien en caraques, mais leurs modestes avatars le survolent en business class, depuis la Péninsule arabique jusqu’à la mer de Chine. Dans le domaine des expos et des musées, délégués par leurs gouvernements ou leurs grandes institutions d’origine, nos professionnels des musées sont aussi, en réalité, des vecteurs diplomatiques qui facilitent la globalisation de nos stéréotypes culturels. Nombre d’aventuriers indépendants parcourent aussi le Moyen Orient, l’Asie et l’Insulinde en tentant d’y placer des productions d’expos d’art calibrées à l’origine pour une fraction privilégiée des publics européens et nord-américains, mais dont l’équilibre financier sur nos seuls marchés intérieurs devient de plus en plus incertain.
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